J'ai testé pour vous : Le Loubnane.
Où comment faire la révolution à partir de 300 balles.
Commençons par le constat suivant : sur les tables, il y a plus d'alcool que de bouffe. Et comme j'ai arrêté l'alcool le jour où mon médecin m'a dit que j'avais plus de triglycérides que de globules rouges dans le sang, je me demande ce que je vais tester ce soir…
Je prends une table un peu recluse pour avoir la vue la plus panoramique possible et parce que les tables sympas étaient déjà prise par des gens qui n'étaient pas interdits de chéquier comme moi…
Attablé à quelques centimètres de l’estrade, un monsieur fait tâche. Les abonnés au noctambulisme festif, quand ils sont étrangers, sont soit saoudiens soit voisins limitrophes de saoudiens. Lui, il sort tout droit d’un feuilleton égyptien : gras, trapu, regard sévère et cerné. Je suis sûr qu’il s’appelle Tal3ate. Heureusement que le chanteur met fin aux supputations, en en confirmant une bonne partie. « Bienvenue à Raafate (J’y étais presque) et aux révolutionnaires de l’Egypte ». Effectivement, il est égyptien. Et si il a droit au salut du chanteur, c'est qu'il doit être plein aux as.
Avant le printemps arabe, la clientèle extérieure des cabarets casablancais était bien connue : Des marocains de chez nous, venus du nord fructifier leur business de cannabis, des enturbannés du Golf, éléments figés du décor dont on ne présente plus la soif de s’approvisionner en plaisir charnel et éthylique. On comptait aussi quelques libyens fortunés, que les chanteurs qualifiaient de "dignes ambassadeurs du Aaqid".
Il faut dire que la politisation des éloges cabarétiques paie bien, d’autant plus si elle en remet une couche sur la fierté révolutionnaire. « Bienvenue à Untel et aux révolutionnaires de son pays », entonne désormais les chanteurs aux nouveaux arrivages syriens, égyptiens et libyens.
Pour peu qu’on soit un habitué des lieux, cela ne passe pas inaperçu : le Maroc est en train de devenir l’un des ultimes ilots de l’Entertainment arabe, faisant office de refuges aux rescapés des anciennes dictatures en mal de distractions dans leurs pays de provenance.
Le Maroc libre aimante ces nouveaux touristes qui fuient leurs pays devenus libres mais pas assez. La caricature du khaliji lançant quantité de billets virevoltants autour de la danseuse n’est pas près de disparaitre. Mais aussi un bon paquet de préjugés, dont le principal concerne la marocaine. Il faut l’avouer, ils ne viennent pas pour la beauté des paysages, mais pour s’approvisionner en chair dans notre cher moroccan-meat-market.
L'ambiance : Celle d'une réunion du conseil de coopération des pays du golf la musique en plus.
La clientèle : Conseil de coopération des pays du golf. Des révolutionnaires qui ont fui leurs révolutions. Et des nanas à la beauté et au goût vestimentaire approximatifs. Dos nus et mini-jupes au ras de la joie de vivre.
La bouffe : De la gastronomie libanaise comme chez Aladin Chawarma.
Le Service : Impeccable.
Le prix : Un peu cher le hoummous imbibé au Black Label à 2500 balles…
La réplique qui tue : Ahlane b'cha3b masr we touar masr ! (Bienvenue au peuple égyptien et ses révolutionnaires !)
Conclusion : C'est un très grand resto parce que c'est le resto d'un chanteur libanais qui s'appelle Rami Ayach et que ma femme aime Rami Ayach.

superbe conclusion..;tellement vrai :-)
RépondreSupprimer"C'est un très grand resto parce que c'est le resto d'un chanteur libanais qui s'appelle Rami Ayach et que ma femme aime Rami Ayach."
Ta critique me donne envie d'aller bouffer chez aladin chawarma :-D
RépondreSupprimerTrès drôle et très bien écrit !!! Merci pour cette fraicheur revigorante ! ;-)
RépondreSupprimer(Moi, ça m'a juste donné envie de lire d'autres critiques !)
I'll be back !!!
RépondreSupprimerJe suis partagé entre : fuir les resto de Casa de peur de me retrouver nez-à-nez avec un sosie de khadafi ou un gendre de BenAli… et faire l'apologie de la mal bouffe à la marocaine qui encense les MacDo et autre BeurkFood… entre les deux, mon chéquier balance…
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