Nombre total de pages vues

jeudi 18 octobre 2012

J'ai testé pour vous : Le Loubnane.

Où comment faire la révolution à partir de 300 balles.


Commençons par le constat suivant : sur les tables, il y a plus d'alcool que de bouffe. Et comme j'ai arrêté l'alcool le jour où mon médecin m'a dit que j'avais plus de triglycérides que de globules rouges dans le sang, je me demande ce que je vais tester ce soir…

Je prends une table un peu recluse pour avoir la vue la plus panoramique possible et parce que les tables sympas étaient déjà prise par des gens qui n'étaient pas interdits de chéquier comme moi…

Attablé à quelques centimètres de l’estrade, un monsieur fait tâche. Les abonnés au noctambulisme festif, quand ils sont étrangers, sont soit saoudiens soit voisins limitrophes de saoudiens. Lui, il sort tout droit d’un  feuilleton égyptien : gras, trapu, regard sévère et cerné. Je suis sûr qu’il s’appelle Tal3ate. Heureusement que le chanteur met fin aux supputations, en en confirmant une bonne partie. « Bienvenue à Raafate (J’y étais presque) et aux révolutionnaires de l’Egypte ». Effectivement, il est égyptien. Et si il a droit au salut du chanteur, c'est qu'il doit être plein aux as.

Avant le printemps arabe, la clientèle extérieure des cabarets casablancais était bien connue : Des marocains de chez nous, venus du nord fructifier leur business de cannabis, des enturbannés du Golf, éléments figés du décor dont on ne présente plus la soif de s’approvisionner en plaisir charnel et éthylique. On comptait aussi quelques libyens fortunés, que les chanteurs qualifiaient de "dignes ambassadeurs du Aaqid".

Il faut dire que la politisation des éloges cabarétiques paie bien, d’autant plus si elle en remet une couche sur la fierté révolutionnaire. « Bienvenue à Untel et aux révolutionnaires de son pays », entonne désormais les chanteurs aux nouveaux arrivages syriens, égyptiens et libyens.

Pour peu qu’on soit un habitué des lieux, cela ne passe pas inaperçu : le Maroc est en train de devenir l’un des ultimes ilots de l’Entertainment arabe, faisant office de refuges aux rescapés des anciennes dictatures en mal de distractions dans leurs pays de provenance. 

Le Maroc libre aimante ces nouveaux touristes qui fuient leurs pays devenus libres mais pas assez. La caricature du khaliji lançant quantité de billets virevoltants autour de la danseuse n’est pas près de disparaitre. Mais aussi un bon paquet de préjugés, dont le principal concerne la marocaine. Il faut l’avouer, ils ne viennent pas pour la beauté des paysages, mais pour s’approvisionner en chair dans notre cher moroccan-meat-market.

L'ambiance : Celle d'une réunion du conseil de coopération des pays du golf la musique en plus. 

La clientèle : Conseil de coopération des pays du golf. Des révolutionnaires qui ont fui leurs révolutions. Et des nanas à la beauté et au goût vestimentaire approximatifs. Dos nus et mini-jupes au ras de la joie de vivre.
La bouffe : De la gastronomie libanaise comme chez Aladin Chawarma.
Le Service : Impeccable.
Le prix : Un peu cher le hoummous imbibé au Black Label à 2500 balles…
La réplique qui tue : Ahlane b'cha3b masr we touar masr ! (Bienvenue au peuple égyptien et ses révolutionnaires !)


Conclusion : C'est un très grand resto parce que c'est le resto d'un chanteur libanais qui s'appelle Rami Ayach et que ma femme aime Rami Ayach.

AVANT-PROPOS

Je m'appelle Youssef. J'ai 37 ans et je fais partie de cette génération de lâches qui se cachent derrière un ordinateur pour donner leur avis. Aujourd'hui je me mets au régime. J'ai mangé trop de saloperies dans ma vie et j'ai besoin de vous régurgiter tout ça à la gueule.
Je m'improvise critique culinaire le jour même où je commence mon régime. Comprenez alors que mon blog est celui d'un frustré de la panse qui a besoin de tapisser internet avec son vomis haineux pour la bonne bouffe, les foodistas et les fins palais. Donc je vous préviens. Des fois, je serai de très mauvaise foi.
Critique culinaire. Mon nouveau job me plait beaucoup parce que je n'y comprends rien. Je ne saurais faire la différence entre du foie gras et une tranche de mortadelle Koutoubia. Cela dit, ai-je besoin de formation pour dire si un plat est bon ou pas? Qu'une canette de coca est fraîche ou pas? Ou qu'un serveur pue de la gueule ou des aisselles.
Alors lisez et invitez à lire. Demain quand je serais connu et craint par tous les restaurateurs du monde je pourrais manger et boire gratuitement là où je veux. Et peut-être là, vous pourriez avoir l'honneur de déjeuner (gratuitement) avec le critique culinaire le plus lacunaire au monde.

PS: J'ai écrit ces mots en écoutant appetite for destruction des Guns'n'Roses…